SRFC
Les ailiers au SRFC : manque de percussion ou simplement un problème de niveau ?
Depuis le début de saison, le manque de percussion sur les ailes est régulièrement pointé du doigt au Stade Rennais. Pourtant, avec plusieurs joueurs capables d’évoluer sur les côtés, le problème semble peut-être plus profond : Rennes manque-t-il réellement de percussion, ou tout simplement de qualité et de certitudes dans ce secteur ?

pas forcément le profil, mais peut-être le niveau ?
Depuis le début de saison, une critique revient régulièrement lorsqu'il est question du Stade Rennais : les Rouge et Noir manqueraient de percussion sur les ailes. Une faiblesse qui interroge alors que Franck Haise dispose pourtant de nombreuses solutions offensives. Mais est-ce réellement un problème de profil ? Rennes manque-t-il de joueurs capables d'éliminer, de provoquer et de faire des différences dans les couloirs ? Ou le problème est-il finalement plus simple : le niveau individuel des joueurs à disposition n'est-il tout simplement pas suffisant ?
À nos yeux, c'est plutôt cette deuxième hypothèse qui mérite d'être étudiée.
Car lorsqu'on regarde les dernières grandes équipes rennaises, le Stade Rennais n'a jamais nécessairement construit son succès autour de purs ailiers de percussion. Martin Terrier et Benjamin Bourigeaud, par exemple, ont régulièrement évolué sur les côtés sous les couleurs rennaises sans être des joueurs correspondant au cliché de l'ailier qui élimine trois adversaires avant de centrer. La différence se trouvait peut-être ailleurs, leur talent, leur intelligence de jeu, leur capacité à être décisifs et leur régularité leur permettaient de compenser l'absence d'une percussion exceptionnelle.
Aujourd'hui, Rennes possède plusieurs solutions sur les ailes. Mais rares sont celles qui semblent réunir suffisamment de qualités pour s'imposer durablement comme une véritable référence à ce poste.
Mousa Al-Tamari
S'il y a bien un joueur de l'effectif capable d'apporter cette fameuse percussion, c'est Mousa Al-Tamari.
L'international jordanien possède une qualité assez rare dans l'effectif rennais : sa capacité à prendre la profondeur et à faire reculer une défense grâce à sa vitesse. Son endurance lui permet également de répéter les courses et de rester une menace sur la durée d'une rencontre. Il l'a encore montré contre Angers. À la 17ème minute, Al-Tamari est lancé dans le couloir et sa vitesse lui permet de prendre le dessus avant de chercher Estéban Lepaul, avec un but contre son camp angevin à la clé.
Mais Al-Tamari illustre également parfaitement le problème rennais.
Car si le Jordanien possède des qualités évidentes, il reste capable de se montrer très limité dans le dernier geste. Ses choix dans les trente derniers mètres peuvent manquer de justesse et ses prises de décision ne sont pas toujours à la hauteur de la différence qu'il parvient à créer grâce à sa vitesse. C'est probablement ce qui empêche Al-Tamari de franchir un véritable cap.
Le problème n'est donc pas qu'il n'a aucune qualité. C'est même l'inverse : il possède une qualité très forte, mais celle-ci n'est pas toujours accompagnée de la maîtrise technique et décisionnelle nécessaire pour devenir un top ailier.
Ludovic Blas
Le cas de Ludovic Blas est différent.
Longtemps considéré comme l'un des grands espoirs de sa génération, Blas avait notamment remporté l'Euro U19 en 2016 avec l'équipe de France aux côtés de Kylian Mbappé et Marcus Thuram. Depuis, sa carrière n'a cependant jamais atteint les sommets qu'ont connus ses deux anciens partenaires.
À Rennes, Blas reste un joueur capable d'apporter énormément techniquement. Sa qualité de pied, sa capacité à conserver le ballon et à trouver des solutions dans les petits espaces sont indéniables. Mais son manque de vitesse limite considérablement son apport lorsqu'il est utilisé comme véritable ailier.
Son utilisation pose d'ailleurs une question intéressante dans l'effectif actuel. Blas pouvait représenter une solution au milieu de terrain, notamment dans l'idée de ne pas recruter davantage dans ce secteur et ainsi de limiter la masse salariale dans un contexte où le club doit composer avec les contraintes du fair-play financier de l'UEFA.
Pourtant, il est régulièrement utilisé sur le côté droit. Et ce choix peut presque être interprété comme le symptôme du problème rennais : si Blas, qui n'est pas un ailier de percussion, devient une solution régulière sur l'aile, c'est peut-être que les alternatives ne sont tout simplement pas suffisamment convaincantes.
D'autant que son contrat arrivera à son terme à l'issue de la saison, ce qui ajoute une autre interrogation à moyen terme.

Eliezer Mayenda
Le cas Eliezer Mayenda est probablement le plus difficile à juger.
L'international U21 espagnol peine pour l'instant à s'imposer dans le onze de Franck Haise et sa situation est accompagnée d'une communication qui interroge.
Selon Guillaume Lainé, journaliste de Ouest-France spécialiste du Stade Rennais, Mayenda aurait été recruté pour évoluer sur le côté droit. De son côté, Franck Haise a expliqué que le joueur avait initialement été recruté afin de doubler Estéban Lepaul et de pouvoir évoluer autour de lui. Le fait que le coach rennais ait ensuite expliqué avoir testé Mayenda dans l'axe avant de constater certaines limites à ce poste, puis de le repositionner sur les côtés, rend forcément les déclarations précédentes intéressantes à mettre en perspective.
Sur le terrain, le jeune attaquant n'a pour l'instant pas convaincu.
Sa titularisation à Lyon a notamment été compliquée dans une rencontre où Rennes a subi une lourde défaite 4-0. Mayenda a été remplacé à la 62ème minute par Ludovic Blas. Sur les réseaux sociaux, les critiques ont rapidement été nombreuses, certains supporters allant jusqu'à remettre en cause le talent du joueur.
Nous préférons, pour notre part, appeler à la patience.
Mayenda reste un jeune joueur qui découvre un nouvel environnement et un club avec des exigences importantes. Son arrivée à Rennes s'inscrit dans un contrat de cinq ans, preuve que le club a choisi de miser sur lui dans la durée. Il est donc encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions définitives.
Le potentiel est à confirmer, mais le Stade Rennais ne peut pas attendre indéfiniment que chaque joueur de son secteur offensif atteigne son plafond.
Issa Soumaré
Le cas Issa Soumaré est encore différent.
Arrivé libre du Havre, l'ailier représentait sur le papier une opération particulièrement intéressante : un joueur connaissant la Ligue 1, recruté sans indemnité de transfert et capable d'évoluer sur le côté gauche. Son arrivée était d'autant plus intéressante qu'il sortait d'une saison importante a
u Havre.
Pourtant, depuis le début du championnat, Soumaré peine à reproduire ce qu'il avait montré auparavant. Ses prestations sont régulièrement mitigées et son remplacement sous les sifflets du Roazhon Park a symbolisé la frustration d'une partie du public.
Pourtant, tout jeter sur le joueur serait probablement trop facile.
Soumaré semble lui-même particulièrement exigeant envers ses performances, tandis que Franck Haise continue de mettre en avant certaines choses intéressantes dans son jeu. On peut également se demander si le changement de dimension vécu par le joueur n'entre pas en compte. Passer du Havre au Stade Rennais, avec davantage d'attentes, de pression et de concurrence, représente nécessairement une étape importante.
Il faut toutefois rester prudent sur ce point : il est impossible d'affirmer que les difficultés actuelles de Soumaré sont liées à un manque de confiance simplement en observant ses prestations. La psychologie du sport montre néanmoins que la manière dont un athlète perçoit une situation de compétition, son niveau de contrôle et sa confiance en ses capacités peuvent influencer son état psychologique et, indirectement, sa performance. C'est notamment l'un des principes développés par Jones et ses coauteurs dans leur théorie des états de défi et de menace chez les sportifs.
Cela peut donc constituer une piste de réflexion, mais certainement pas une explication définitive aux difficultés actuelles de Soumaré.
Arnaud Nordin
Arnaud Nordin n'est pas un mauvais joueur. Mais c'est peut-être justement le problème.
L'ancien Montpelliérain possède des qualités : de l'énergie, de l'activité et la capacité à apporter quelque chose en sortie de banc. En revanche, il semble difficile de voir en lui un joueur capable de transformer durablement le visage offensif du Stade Rennais.
Nordin est un joueur assez complet, mais sans véritable qualité dominante qui ferait de lui une menace permanente. Il n'est ni particulièrement créatif, ni un grand spécialiste du dernier geste, ni un ailier capable de faire régulièrement exploser une défense par ses dribbles. Et c'est problématique dans un secteur où Rennes manque justement de joueurs capables de faire basculer une rencontre.
Son profil devient alors presque symptomatique du problème actuel : là où Al-Tamari possède la vitesse et la profondeur, et où Blas possède la technique, Nordin semble parfois réunir certaines limites des deux profils sans disposer d'une qualité suffisamment dominante pour compenser.

Sebastian Szymański
Szymański apparaît dans cette liste presque par principe.
Le Polonais n'est évidemment pas un ailier de métier. Pourtant, Franck Haise l'a déjà utilisé dans cette zone, notamment dans une configuration où il pouvait alterner entre le milieu et le côté droit. Il a également été utilisé directement comme ailier droit contre Marseille après son entrée en jeu.
Le problème est que Szymański semble clairement plus à l'aise lorsqu'il évolue dans le cœur du jeu. Ses qualités techniques, sa capacité à combiner et sa vision correspondent davantage au profil d'un joueur capable d'organiser ou d'accélérer le jeu depuis l'intérieur.
Le positionner sur l'aile peut donc permettre de résoudre ponctuellement un problème d'effectif, mais difficilement de créer une véritable solution à long terme. Et une nouvelle fois, cela illustre la situation actuelle : Rennes se retrouve donc à utiliser sur les ailes des joueurs dont les qualités s’expriment davantage dans d’autres zones du terrain.
Quid des jeunes ?
Il existe évidemment une autre possibilité : le centre de formation.
Le Stade Rennais possède plusieurs jeunes joueurs susceptibles, à terme, de venir concurrencer les professionnels déjà installés. Mais nous avons volontairement choisi de ne pas développer cette question dans cet article.
Le sujet mérite à lui seul un article complet, notamment pour analyser les profils disponibles, leur potentiel et la capacité du club à les intégrer progressivement dans le groupe professionnel.
Un problème de percussion… ou de qualité ?
C'est finalement là que se trouve notre principale interrogation.
Beaucoup de supporters parlent aujourd'hui d'un manque de percussion sur les ailes. Et ils n'ont pas complètement tort : Al-Tamari est le seul joueur de l'effectif qui possède réellement cette capacité à prendre régulièrement la profondeur par sa vitesse.
Mais réduire le problème à cela nous semble trop simple. Une équipe n'a pas nécessairement besoin de deux ou trois dribbleurs capables de provoquer individuellement pour être performante.
Les meilleures équipes de Franck Haise en sont d'ailleurs un bon exemple. À Lens, son équipe avait notamment Wesley Saïd et Florian Sotoca dans des rôles offensifs sur les côtés lors de la saison qui s'est conclue par une deuxième place en Ligue 1. À Nice, Sofiane Diop et Gaëtan Laborde ont également occupé ces zones dans une équipe qui avait terminé quatrième.
Ces joueurs ne possèdent pas tous le même profil. Mais ils avaient une chose en commun : une capacité à apporter suffisamment de qualité et de complémentarité pour que le système collectif fonctionne.
C'est peut-être précisément ce qui manque aujourd'hui à Rennes.
Le problème n'est donc pas forcément l'absence d'un ailier capable de dribbler trois joueurs. Le problème pourrait simplement être l'absence d'un joueur de suffisamment haut niveau pour rendre son couloir réellement dangereux, quelle que soit la manière dont il le fait.
Un déséquilibre inquiétant dans l'effectif
À cette question du niveau individuel s'ajoute celle de la construction de l'effectif.
Rennes possède actuellement de nombreuses options offensives, avec parfois plus de deux joueurs capables d'occuper le même côté. Le groupe professionnel comprend notamment Al-Tamari, Blas, Mayenda, Nordin, Soumaré, Szymański et plusieurs autres solutions offensives.
Mais le problème est aussi “géographique” car la majorité de ces joueurs ont une préférence pour le côté droit.
Blas, Mayenda, Nordin, Al-Tamari et Szymański peuvent tous évoluer à droite, tandis que Soumaré représente notamment la seule solution naturelle à gauche.
Cela crée une forme de déséquilibre qui peut devenir problématique.
Le cas Nordin est particulièrement parlant : Rennes dispose de tellement de solutions offensives que même un joueur recruté avec un contrat jusqu'en 2029 peut se retrouver en dehors du groupe.
Le problème n'est donc pas seulement de savoir qui peut jouer ailier. Il faut surtout se demander qui est réellement performant à ce poste, qui est complémentaire avec les autres et qui possède les qualités nécessaires pour faire gagner des matchs à l'équipe.
Conclusion
Le Stade Rennais ne manque pas de joueurs capables d'évoluer sur les ailes. Il manque peut-être simplement d'un véritable joueur de référence dans ce secteur.
Al-Tamari possède la percussion mais manque encore de constance dans le dernier geste. Blas possède la technique mais manque de vitesse. Nordin apporte de l'énergie mais peu de différence. Soumaré doit retrouver son niveau du Havre. Mayenda doit encore s'adapter. Szymański, enfin, semble bien plus naturel dans le cœur du jeu.
Pris individuellement, aucun de ces joueurs n'est nécessairement dépourvu de qualités. Mais collectivement, leur juxtaposition pose question. Et c'est probablement là que se situe le véritable problème du Stade Rennais : pas seulement un manque de percussion, mais un manque de certitudes.
Le club possède des profils différents, mais aucun joueur de côté ne semble aujourd'hui capable de s'imposer comme une évidence.
La saison est encore longue et certains joueurs peuvent évidemment faire évoluer cette perception. Mais si Rennes veut franchir un cap, il faudra probablement que ses ailiers commencent à apporter davantage que de simples solutions de rotation : ils devront devenir de véritables facteurs de différence.
La tribune
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