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Flavien Tait, bien plus qu’un passage à Rennes !

Arrivé à Rennes à l’été 2019 avec l’étiquette d’un joueur offensif confirmé de Ligue 1, Flavien Tait aura connu presque tous les états sous le maillot Rouge et Noir. Des débuts compliqués aux critiques, avant de devenir un rouage essentiel du Stade Rennais de Bruno Genesio. Au moment de refermer le livre d’une carrière longue de quatorze années, retour sur une aventure rennaise qui aura finalement parfaitement résumé son parcours : rien ne lui aura jamais été donné.

Antoine Visseiche10 min de lecture
Flavien Tait, bien plus qu’un passage à Rennes !

Une arrivée loin d’être évidente

Il y a des carrières qui suivent une trajectoire parfaitement linéaire. Et puis il y a celle de Flavien Tait. Une carrière construite à force de patience, de remises en question et de secondes chances. Formé entre Fontenay-le-Fleury, Castelmaurou, Muret et Rodez, le natif de Longjumeau passe par Châteauroux avant de découvrir la Ligue 1 avec Angers. C’est au SCO qu’il se fait véritablement un nom, jusqu’à devenir l’un des joueurs importants de Stéphane Moulin.

Sa saison 2018-2019 permet même de convaincre Rennes. Cinq buts et sept passes décisives en 36 journées de Ligue 1 : suffisamment pour que le Stade Rennais mise sur lui à l’été 2019. Le club breton débourse alors environ 10 millions d’euros pour s’attacher ses services et lui fait signer un contrat de quatre ans.

Sur le papier, Tait doit permettre à Rennes de franchir un nouveau cap. Dans les faits, son histoire avec le club commence de la pire des manières.

Des débuts loin des attentes

Pour son premier match officiel avec les Rouge et Noir, à Montpellier, Tait est expulsé après seulement 69 minutes. Rennes s’impose certes 1-0, mais le nouveau numéro 20 laisse une première impression loin d’être idéale. Ce carton rouge n’est évidemment pas responsable à lui seul de ses difficultés. Mais il symbolise une première saison durant laquelle Tait peine à trouver sa place.

Arrivé d’Angers comme un joueur capable d’évoluer sur le côté gauche, il est utilisé à différents postes. Parfois sur l’aile, parfois dans l’axe, parfois derrière les attaquants. Le problème est qu’il ne semble véritablement s’installer nulle part. Le contexte n’aide pas non plus : la concurrence est importante et son statut de recrue à près de 10 millions d’euros fait naître des attentes auxquelles il peine à répondre.

Puis la situation se complique encore lors de la saison suivante. Julien Stéphan l’utilise peu comme titulaire et Tait finit même par être éloigné des terrains à cause d’une blessure à la cheville. À ce moment-là, son aventure rennaise semble pouvoir tourner court.

Mais en mars 2021, un changement va tout bouleverser.

Puis Bruno Genesio a tout changé

Lorsque Bruno Genesio arrive sur le banc rennais, Tait n’est pas immédiatement installé comme un titulaire indiscutable. Pourtant, quelque chose va rapidement changer.

Genesio décide de le rapprocher du cœur du jeu. Tait quitte progressivement cette position d’ailier dans laquelle il avait été recruté pour devenir un milieu capable de se projeter, de casser des lignes et de participer à la construction. Le déclic intervient notamment face à Strasbourg. Genesio lui annonce qu’il va l’utiliser au milieu de terrain après avoir apprécié sa semaine d’entraînement. Tait réalise alors une prestation convaincante et ne quittera pratiquement plus le onze du technicien.

Ce positionnement va devenir le tournant de sa carrière.

Parce que Tait possède justement des qualités qui prennent une autre dimension lorsqu’il est placé dans l’axe. Sa capacité à porter le ballon, à se rendre disponible entre les lignes, à combiner et à se projeter correspond parfaitement au football voulu par Genesio. L’Équipe le décrit alors comme un joueur qui s’épanouit dans un rôle de milieu plus axial et plus reculé, après avoir été essentiellement considéré comme un ailier à son arrivée de Angers.

Tait n’est plus simplement le joueur offensif que Rennes avait recruté. Il devient le lien entre le milieu et l’attaque.

Le “Tait” de Rennes

La saison 2021-2022 va définitivement changer son image auprès du public rennais. Dans le 4-3-3 de Genesio, Tait évolue aux côtés de Lovro Majer, avec Baptiste Santamaria derrière eux. Il peut alors profiter d’une liberté nouvelle. Il touche davantage de ballons, se projette, combine avec Martin Terrier et Benjamin Bourigeaud et participe à cette animation offensive qui va faire la réputation de cette équipe.

Et surtout, il devient régulier.

Le joueur parfois critiqué de ses premières années laisse progressivement place à un milieu dont l’activité devient indispensable au fonctionnement collectif. Son importance dépasse même ses statistiques : il est celui qui fait le lien, celui qui permet au ballon d’avancer, celui qui apporte une solution supplémentaire dans les petits espaces. En décembre 2021, alors que Rennes réalise un début de saison exceptionnel, son importance est devenue évidente. Tait figure parmi les joueurs les plus utilisés par Genesio et son influence dans le jeu rennais est particulièrement mise en avant.

Son absence peut d’ailleurs rapidement se ressentir. Lors de la victoire 5-0 à Saint-Étienne en décembre, L’Équipe souligne que Rennes est privé de son milieu, alors que le club cherche à prendre la deuxième place du championnat. 

Le contraste avec ses débuts est saisissant. Deux ans plus tôt, Tait cherchait encore sa place, désormais, Rennes cherche comment jouer sans lui.

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Source : Ouest-France

Au cœur de la plus belle équipe ?

Il faut évidemment prendre cette affirmation avec une part de subjectivité. Mais même Tait, des années plus tard, estime que l’équipe de 2021-2022 était probablement la plus belle qu’ait connue le Stade Rennais.

Et il n’était pas un simple figurant de cette équipe. Terrier, Bourigeaud, Majer, Laborde, Santamaria, Traoré, Aguerd… Les noms restent encore associés à cette génération qui a marqué les supporters rennais.

Mais au milieu de toutes ces individualités, Tait occupait une place particulière. Il était le joueur de l’ombre capable de faire briller les autres.

Rennes termine quatrième de Ligue 1 avec la deuxième meilleure attaque du championnat et produit un football qui marque durablement les esprits. Genesio est élu meilleur entraîneur de Ligue 1 et Martin Terrier figure dans l’équipe-type de la saison.

Tait, lui, termine l’exercice avec 30 apparitions en Ligue 1, dont 28 titularisations, pour cinq buts. Il ne sera jamais la tête d’affiche de cette équipe. Mais il en est l'un des rouages.

Et c’est probablement ce qui correspond le mieux à son histoire.

Un joueur devenu indispensable

La saison suivante, Tait confirme cette nouvelle dimension.

Son rôle évolue encore avec les changements tactiques de Genesio. Le milieu rennais passe notamment du 4-3-3 au 4-4-2, mais le numéro 20 reste capable de s’adapter. Le Stade Rennais le décrit alors comme un véritable “baromètre” de l’équipe et souligne son importance dans le système de Genesio.

Même son rôle de leader évolue.

À plusieurs reprises, Tait porte le brassard de capitaine en 2022. Pas forcément le joueur le plus bavard du vestiaire, mais un leader technique capable de montrer l’exemple sur le terrain. C’est finalement assez symbolique de son évolution. À son arrivée, Tait devait prouver qu’il avait le niveau pour jouer à Rennes.

Quelques années plus tard, il fait partie de ceux sur lesquels Rennes peut compter pour maintenir son niveau.

Une aventure européenne à la hauteur

Son passage en Bretagne lui aura également permis de découvrir les plus grandes compétitions européennes. Ligue Europa, Ligue des champions, puis Ligue Europa Conférence : Tait aura disputé les trois principales compétitions européennes avec Rennes.

Il découvre notamment la Ligue des champions en 2020, réalisant ainsi un rêve qui semblait encore lointain quelques années auparavant. Au total, il disputera 21 rencontres européennes sous le maillot rennais, dont trois en Ligue des champions.

En septembre 2022, il atteint d’ailleurs la barre symbolique des 100 matchs avec le Stade Rennais toutes compétitions confondues. À ce moment-là, celui qui avait été expulsé pour son premier match officiel avec le club est devenu un cadre de l’équipe.

Le symbole est presque trop parfait.

129 matchs et une image complètement changée

Lorsque Tait quitte Rennes à l'été 2023 pour rejoindre Samsunspor, son histoire avec le club est bien différente de celle qu'on aurait pu imaginer quelques années auparavant.

129 matchs, 90 titularisations, 12 buts et 10 passes décisives avec le Stade Rennais. Mais les chiffres racontent finalement assez mal son passage en Bretagne.

Parce que Tait n'a jamais été recruté pour devenir une superstar. Il devait simplement être un joueur offensif supplémentaire. Il est devenu autre chose : un milieu capable de s'adapter, de travailler, de courir, de créer et surtout de comprendre ce dont son équipe avait besoin.

Son histoire rennaise est donc moins celle d'un joueur arrivé au sommet que celle d'un joueur qui a réussi à retourner une situation mal engagée. Et c'est probablement pour cette raison que son départ a laissé une trace particulière auprès des supporters.

Lui-même le reconnaissait quelques années plus tard : les messages reçus au moment de son départ lui ont montré qu'il avait finalement réussi à changer le regard porté sur lui. “Faire changer l’avis des gens”, disait-il alors, avait été sa plus grande réussite à Rennes.

“Rennes, c’était le summum du football”

Après Rennes, Tait découvrira la Turquie avec Samsunspor avant de revenir à Rodez, club qu'il avait fréquenté durant sa jeunesse. Mais aucune de ces expériences ne remplacera véritablement ses années bretonnes.

En octobre 2026, au moment de retrouver le Roazhon Park pour les 125 ans du Stade Rennais, Tait ne cachait d'ailleurs pas ce que représentait encore le club pour lui.

“Rennes, c’était le summum du football”, expliquait-il.

Et lorsqu'il évoquait l'équipe de 2021-2022, son avis était tout aussi clair : selon lui, il s'agissait probablement de la plus belle équipe de l'histoire du Stade Rennais, malgré l'absence de trophée cette saison-là. 

Quelques semaines plus tard, à 33 ans, Flavien Tait a annoncé mettre un terme à sa carrière professionnelle après quatorze années dans le football. Il quitte les terrains avec un parcours qui ne ressemble pas à celui des joueurs qui ont toujours été promis aux sommets.

Flavien Tait n'a pas immédiatement trouvé sa place au Stade Rennais.

Il l'a construite.

Il n'est pas arrivé comme une évidence.

Il est devenu une évidence.

Et dans l'une des équipes les plus séduisantes que le club ait connues, son numéro 20 aura finalement été bien plus qu'un simple joueur de complément : un rouage essentiel d'une génération qui a fait rêver le Roazhon Park.

Merci, Flavien

Il y a des joueurs dont on se souvient pour leurs buts, leurs statistiques ou les trophées qu’ils ont remportés. Et puis il y a ceux qui nous marquent simplement parce qu’ils ont accompagné une période particulière de notre histoire avec le club.

Pour moi, Flavien Tait fait partie de ceux-là.

Il disait lui-même, avec une pointe d’humour, qu’il n’aurait probablement pas “sa statue comme Bourigeaud”. Et pourtant, faut-il vraiment une statue pour laisser une trace dans l’histoire d’un club ?

Flavien Tait n’a peut-être pas eu le statut des plus grandes légendes du Stade Rennais. Il n’aura pas été le visage du club pendant une décennie, ni soulevé de trophée majeur avec les Rouge et Noir. Mais il a marqué le club à sa manière. Par son parcours, par sa persévérance, et surtout par cette capacité à faire changer le regard que l’on portait sur lui.

Des sifflets du Roazhon Park aux applaudissements, des débuts compliqués au statut de joueur essentiel de l’équipe de Bruno Genesio, son histoire rennaise restera forcément particulière.

Et c’est aussi pour cela que son départ m’avait marqué. Parce que derrière le joueur, il y avait tous ces souvenirs, les soirées européennes, les matchs de cette incroyable équipe de 2021-2022, les associations avec Majer, Terrier ou Bourigeaud, et cette sensation de voir Rennes pratiquer un football qui nous faisait simplement aimer encore un peu plus ce club.

Alors aujourd’hui, au moment où Flavien Tait referme définitivement le livre de sa carrière, il reste surtout une chose à lui dire : merci.

Merci pour ces quatre années. Merci pour ces émotions. Merci pour avoir été l’un des visages de cette génération qui a tant fait vibrer le Roazhon Park.

Certains joueurs ont une statue. D’autres ont quelque chose de peut-être tout aussi précieux : une place dans les souvenirs des supporters.

Et Flavien Tait aura définitivement la sienne dans les miens.

Merci pour tout, Flavien. Et surtout, merci pour les souvenirs.

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Source : SO FOOT

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